lundi 4 mai 2020

L'insalubrité ou l'emblème de Conakry!


Chaque ville a une marque identitaire. Ainsi, à Paris sa Tour Eiffel, à Tokyo ses lumières, à Washington ses gratte-ciels, à Damas ses cendres, à Modica ses églises, à Sinaloa ses cartels... et donc, à Conakry ses ordures ou, si l'on préfère, ses montagnes d'ordures.
C'est toujours dur de  vivre dans un environnement malsain, hideux, sal... Or Conakry affiche justement ce panorama  urbain propre d'un bidonville englouti par une éternité de saletés. Ce qui étonne et indigne, c'est que c'est une capitale : la capitale du pays de la dignité; du pays des grands loquaces politiques. Oui, c'est la capitale guinéenne qui s'illustre ainsi dans le domaine de la souillure et de l'irresponsabilité hygiénique. Vous vous rappelez, c'était d'ailleurs la capitale mondiale du livre il y'a seulement trois ans.

L'insalubrité, c'est non seulement le caractère insalubre (donc de mauvaises conditions environnantes) d'un lieu, mais aussi et surtout l'échec notoire d'imposer la proprété comme vertu quotidienne. Le dire objectivement revient à dire que Conakry et ses habitants sont sales, très sales. Et ni les gouvernants, ni les gouvernés, ni le hasard, ni la nature n'arrivent à stopper le phénomène ou du moins à l'attendrir, depuis combien de temps déjà? Bon, inutile de chercher un début parce que notre capitale a toujours été sale. On l'a dit: c'est son emblème. Entre l'incapacité de tous les régimes que le pays a connus de trouver une formule juste résolvant le problème, et la petite dose d'incivisme chez les citoyens, Conakry continue à sécréter de saletés. C'est toujours cette carte postale barbouillée par les ordures qui est la sienne! Par jour, ce sont environ 1200 tonnes d'ordures que les 2 millions de Conakrykas produisent. Ces bordilles se retrouvent sans abri disséminés çà et là dans la ville du Général Mathurin Bangoura. S'il y en a, les dépotoirs sont loin d'être suffisants pour une telle crasse. Et puisque que la chaîne de la production d'ordures ne s'estompe jamais, ce sont les caniveaux déjà asphyxiés, les trottoirs, et même les artères qui se voient envahis à un rythme exponentiel. Ce qui laisse notre Conakry dans une puanteur grandissante et nuisible à la santé publique.

Sérieusement, pourquoi n'y arrive-ton pas? Pourquoi nos forces d'assainissement s'avèrent-elles inefficaces face aux armées d'ordures? Qu'est-ce qui explique l'échec, non pas d'un seul, mais de l'intégralité des régimes s'étant succédés ici à régler cette épineuse question de l'insalubrité? Ne serions-nous pas anallergiques à la saleté comme les autres l’en seraient allergiques?
Au vu du constat progressivement alarmant au fil des années, il est clair que nos initiatives dans cet aspect ont toujours été tactiquement inopportunes et techniquement folkloriques. La dernière en date fut, rappellez-vous, ces fameux premiers samedis d'assainissement qui ont plutôt servi à l'armada gouvernementale de mettre en marche sa machine propagandiste. Notre PM était le chef d'orchestre de ce concept "Conakry, ville propre" qui, comme toujours avec lui, n'aura jamais abouti.

Ce qui est clair, c'est que si la problématique de l'insalubrité est minimisée, c'est dire que la santé publique n'est pas une priorité gouvernementale, et donc, que le peuple n'est pas au centre des préoccupations étatiques. Ce qui serait absurde!
En attendant que nos dirigeants n'aient pitié de nous, il nous incombe d'être le  maximum civiques, responsables et soucieux en mettant les ordures... où d'ailleurs? Nulle part parce qu'il y'a pratiquement pas de poubelles encore moins de décharges organisées. La vérité est que je crains que les annales de l'histoire dans ses chapitres insolites ne se souviennent de l'incident de Dar es Salam pour désigner Conakry comme l'unique ville au monde où les ordures ont tué des citoyens.

Il faut que l'État se bouge enfin avant que les ordures ne continuent à infliger des torts durs.



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